« Finalement, l’enjeu reste d’être là pour la personne »

Notre 25e anniversaire était l’occasion de nous entretenir avec la psychologue d’urgence Barbara Fehlbaum sur les anciens concepts, les nouvelles approches et l’évolution de Carelink.

Lorsque Barbara s’est tournée vers la psychologie d’urgence au début des années 2000, cette discipline était pratiquement une terre inconnue en Suisse en termes de structures, de formations bien établies et de spécialistes.

Il lui a fallu prendre des détours : elle a étudié, entre autres, l’ethnologie et la psychologie, tout en se penchant intensément sur la réaction de l’individu lors d’évènements hors norme. Son travail fourni dans le contexte de séismes l’a particulièrement marquée. En effet, elle s’est rendu compte que nombre de concepts utilisés en psychologie d’urgence étaient insuffisants pour gérer des évènements d’envergure.

Ses contacts avec les fondateurs de Carelink, Franz Bucher et Richard Frei, l’ont menée à un domaine tout juste émergeant. « C’était un travail de pionnier », se rappelle-t-elle. « Les bases étaient pratiquement inexistantes, et nous avons dû élaborer tellement de choses nous-mêmes. »

Travail de fond efficace
Très vite, Barbara a assumé des responsabilités, entre autres pour la formation et le recrutement du Careteam. La demande était telle que les cours étaient vite complets. Et dans le même temps, elle était régulièrement mobilisée sur le terrain, en Suisse et à l’étranger.

Au début, explique-t-elle, il fallait non seulement accompagner les personnes affectées, mais aussi développer une perception commune de ce travail et se demander quel type d’intervention était vraiment efficace, quels étaient les besoins des personnes juste après un évènement traumatisant.

Barbara se rappelle ses premières interventions, où on présentait aux personnes affectées une liste détaillée des réactions possibles après un incident traumatisant. « Cette approche a encore renforcé l’appréhension chez certaines personnes », constate-t-elle avec le recul. Puis, au fur et à mesure, les priorités ont changé : il s’agissait désormais de stabiliser et de donner des repères.

Vraiment décisif sur le terrain
Au fil des années, les interventions domestiques et internationales de Barbara se sont multipliées, et certaines l’ont amenée à ses limites. Dans ces moments, trois éléments sont décisifs à ses yeux : la présence, le calme, la vue d’ensemble.

« L’enjeu, c’est d’être là, d’écouter et d’organiser les prochaines étapes avec les personnes affectées. »

Selon elle, les situations les plus exigeantes sont les cas où l’insécurité et la crainte prédominent, lorsqu’on n’a pas d’informations ou quand la menace n’est pas clairement cernée. Alors, on constate que, non content d’accompagner les personnes, il faut aussi apporter une structure et des repères.

La culture, une valeur porteuse
Barbara met en lumière non seulement le savoir-faire évolutif de Carelink pendant ce quart de siècle, mais aussi l’excellente coopération. La solide cohésion au sein de l’équipe, la volonté de s’entraider et l’objectif commun ont marqué le travail pendant toutes ces années. « Nous avons toujours tiré à la même corde, de jour comme de nuit. »

Elle décrit aussi Carelink comme une organisation qui a constamment progressé : allant au-delà des démarches standardisées vers des solutions sur mesure pour soutenir les personnes affectées et ses partenaires contractuels.

Un regard prospectif
Initiative pionnière à l’époque, l’assistance psychosociale est aujourd’hui indissociable de la prise en charge d’urgence. Mais pour Carelink, l’essence de sa mission reste la même : après des situations hors norme, accompagner les personnes de manière individuelle et respectueuse tout en discernant clairement l’essentiel.

Ou, comme l’exprime Barbara : « Finalement, l’enjeu reste d’être là pour la personne. »

Barbara Fehlbaum
Après ses études d’ethnologie et de psychologie, Barbara Fehlbaum s’est d’abord intéressée à l’impact des catastrophes sismiques. C’est d’ailleurs ainsi que le contact avec Carelink s’est noué. Pendant plus de 15 années, elle était responsable de notre Careteam et exerçait en tant que psychologue d’urgence. Aujourd’hui, elle co-dirige le Careteam de Nidwald/Engelberg et soutient le Animal Health Center par son expertise en psychologie animalière, qui profite tant aux animaux qu’aux propriétaires.
image_print